Manchot papou
Son job ? Terrassier
Sa reconversion possible ? Chauffeur routier
Le manchot papou, à l’inverse du manchot empereur, ne niche pas directement sur la glace : il construit un nid sur les rochers. Pour être plus précis, Monsieur passe une grande partie de sa journée à chercher de petits cailloux, à les transporter dans son bec et à les apporter à Madame qui endosse le rôle d'architecte et construit le nid.
Il arrive que ce filou se laisse tenter par les beaux cailloux déjà réquisitionnés par un camarade. S’ensuit alors quelques règlements de compte plus ou moins amicaux.
Les relations de voisinage, un bonheur visiblement partagé par de multiples espèces…
La somme de tous ces petits nids — pas franchement douillets — porte un nom trop mignon : la manchotière.
Un peu comme une tabatière, mais remplie de manchots.
Sur le papier, c’est adorable. Mais, comme sur Instagram, dans la vraie vie c'est un peu différent : les déjections de toute la colonie forment une belle petite couche bien odorante. C’est le guano.
Le concept des toilettes et du tout-à-l’égout n’est pas encore parvenu jusqu’en péninsule Antarctique.
Problème : ces manchotières sont souvent en hauteur - histoire que les oeufs couvés ne se fassent pas rouler dessus par les énormes phoques qui roupillent près des côtes. Or, pour se nourrir, nos amis les manchots ont besoin de se jeter à l’eau.
De véritables autoroutes à manchots relient ainsi les nids au rivage. Les 4 voies n’ayant pas encore fait leur apparition par ici, un seul tracé permet à la fois aux manchots de descendre vers la mer et de remonter au nid.
Quand on se poste à côté d’un autoroute, on assiste ainsi à un joli spectacle de mini bipèdes déséquilibrés, bedaines en avant et ailes en arrière, cherchant à avancer sans se faire doubler tout en s’arrêtant de temps en temps pour se reposer.
Beaucoup plus drôle que de passer un après-midi à côté du périph, croyez-moi.
Mais la VRAIE question que tout le monde se pose reste la suivante : pourquoi diantre ce nom ?
Visiblement, le stagiaire s’occupant d’étiqueter les spécimens envoyés en Angleterre lors des grandes campagnes de découvertes n’était pas très concentré lors de l’arrivage des manchots : une erreur a été faite, et on a pensé pendant un temps que ces petites créatures venaient de Nouvelle Guinée…
Photo : Ingrid Vanhee